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IBM présente un premier ordinateur quantique proche de la commercialisation

Rédigé le 08/01/2019
Philippe NIEUWBOURG

Le 8 janvier restera une journée importante dans la ligne du temps de l’histoire future de l’informatique. Ou plus exactement dans la future histoire de l’informatique quantique. Hier donc, au CES de Las Vegas, IBM a annoncé le premier ordinateur quantique « commercial ».



ENIAC, CRAY, IBM…
L’an dernier, IBM avait présenté au CES un prototype d’ordinateur quantique de 50 qubits. Mais il s’agissait d’une machine unique, destinée à démontrer les avancées technologiques de IBM dans le domaine. Pas d’une machine commerciale. 
Visuellement la machine de 2018 était invendable : un enchevêtrement de tubes et câbles qui nous ramenait aux prémices de l’ENIAC. En 2019, IBM a confié la conception à un designer anglais Map Project Office, ainsi qu’à Universal Design Studio, et la fabrication à un industriel italien, Goppion. Un souci du design auquel Apple nous a plus habitué que IBM. Si l’on remonte à l’histoire de l’informatique de grande puissance, la comparaison avec Cray est intéressante. En son temps, Seymour Cray avait lui aussi misé sur la combinaison de la performance et d’un design innovant. 

 



IBM Q System One, le précurseur de l’industralisation

Le résultat est très esthétique, même si la puissance de la machine commerciale, 20 qubits, est inférieure à ce que IBM sait faire dans ses laboratoires. La machine s’appelle IBM Q System One, et pourrait donc s’emparer du titre envié de premier ordinateur quantique commercialisable… mais pas encore commercialisé cependant !

Un cube de verre d’un peu plus de 2,5 mètres de côté, accessible par l’avant et par l’arrière. Ce cube a été construit par Goppion, qui avait également réalisé ce type de travail du verre pour protéger la Joconde au Musée du Louvre, ou les joyaux de la couronne d’Angleterre à la Tour de Londres.

La puce quantique doit être maintenue à une température très basse, autour de 10 millikelvins, soit juste un peu plus que le zéro absolu. Ce nouveau design n’est donc pas simplement destiné à attirer, mais il permet à IBM de réduire les variations de température et les vibrations, sources d’erreurs dans les calculs quantiques. Un panneau dissimule la partie arrière de l’ordinateur, celle qui contient justement l’ensemble des composants nécessaires au refroidissement.

Comme expliqué plus haut, avec une puissance de 20 qubits, la machine IBM n’est pas la plus puissante au monde. Google a annoncé en mars dernier avoir développé un prototype de machine à 72 qubits, et on parle d’une machine à 100 qubits pour 2019 ou 2020. Mais IBM aurait choisi de travailler sur la qualité des calculs réalisés, la diminution du taux d’erreurs et la stabilité de l’architecture, ainsi que son intégration aux systèmes existants, plutôt que de simplement poursuivre la course à la puissance.


L’ambition d’IBM : être et rester le leader de l’informatique quantique

La vision d’IBM pour l’informatique quantique est en complément des centres serveurs actuels. Une couche supplémentaire, derrière les postes de travail et les serveurs, pour fournir une puissance supplémentaire dans les domaines de la santé, de la finance, de l’intelligence artificielle... dans un premier temps.

Impossible de commander directement votre IBM Q System One, il n’y a d’ailleurs pas de prix catalogue, mais IBM montre ici que la voie de l’informatique quantique combinera prouesse technologique et capacité d’industrialisation. IBM, par cette action de prestige, montre son ambition claire dans ce domaine, pas simplement par sa R&D mais aussi par sa puissance commerciale.

Mais ne vous précipitez pas à Las Vegas par le premier avion, vous seriez déçu. Le modèle présenté par IBM n’est qu’une maquette de 2,3 mètres de côté. L’ensemble des technologies qui en assurent le refroidissement sont absentes. Il n’est donc pas fonctionnel. IBM assure cependant, par la voix de Bob Sutor, vice-président en charge de la stratégie IBM Q, qu’un exemplaire est parfaitement fonctionnel et utilisé actuellement à Yorktown Heights dans l’État de New York.

Il s’écoulera encore plusieurs années avant que le grand public ne constate concrètement les bénéfices de cette nouvelle ère technologique. Mais IBM fait clairement partie des fournisseurs précurseurs dans ce domaine.